Madeleine de Grandmaison

Député Européenne,
Vice Présidente du Conseil Régional de Martinique,
Présidente du Comité Martiniquais du Tourisme,
Présidente du Comité de Bassin de Martinique.

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DE LA NECESSITE D’UNE EVOLUTION INSTITUTIONNELLE

DE LA NECESSITE D’UNE EVOLUTION INSTITUTIONNELLE

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le Mercredi 15 juillet 2009
de madeleine

Il me semble que toute révolution sociétale est déclenchée et se nourrit des revendications du peuple.

Ici à la que dit le peuple !

La vie est chère. Chère pour toutes les catégories, tous les constituants du peuple.

* La ménagère
* L’agriculteur
* Le transporteur, le bâtisseur
* Le commerçant….
* Commerçants eux ou producteurs tous sont acheteurs et consommateurs et achetant eux-mêmes à un prix élevé, leurs propres prix sont alignés sur l’ensemble.

Il suffit de donner la parole à la ménagère, car son panier est révélateur de tous les secteurs de l’économie, révélateur de l’état de notre production, donc de l’agriculture, de la pêche, de notre secteur industriel.

Dans sa récrimination, il y a le prix du transport, d’autant plus exorbitant qu’il peut lui arriver tous les jours de parcourir l’équivalent de la plus grande longueur ou deux ou trois fois la plus grande largeur de la Martinique pour se rendre et revenir de son travail et cela à quel prix ! 10 à 12 € par jour et par personne. Alors, à la première occasion elle fait un crédit pour acheter une voiture chèrement importée et le cycle de l’endettement, de l’appauvrissement continue et s’accentue.

Pourrait-elle se déplacer moins ? Oui, si elle était logée plus près de son travail, ou si son travail était plus près de son logement. Ce n’est pas la même option ; dans ces deux situations, la différence pose le problème de l’aménagement de notre territoire, un aménagement qui devrait être équilibre tant en routes, qu’en création de logements, qu’en création d’industries au sens large du terme.

Loin de là, que constatons-nous ? Tout un Nord de l’île complètement dévitalisé, désinstrualisé, qui est paradoxalement parsemé çà et là « d’îlots de Villes » conquis sur des terres agricoles par ceux que l’organisation inégalitaire de notre société, permet de s’endetter sur quinze, vingt ans dans la construction de ces villas de tous les styles », cependant que l’écart se creuse avec les autres. Aujourd’hui, 2009, vrai ou faux, j’entends dire que la Martinique compte plus de 80 000 pauvres actifs et assistés confondus sur 400 000 habitants et 290 000 actifs !

Considérons un secteur comme le Tourisme. Depuis 1970 la Martinique s’est tournée vers le tourisme. C’est vrai que pendant trente ans le tourisme pratiqué à la Martinique répondait par excellence à une demande de soleil sur sable au bord de mer, et quel sable ! sable blanc ! Et c’est vrai que nos plages du sud, et pas toutes, ont été mises en tourisme. C’est vrai aussi que ce tourisme porté par un nombre limité d’acteurs, a généré une richesse mal répartie, alimentant la récrimination et l’aigreur de la classe ouvrière impliquée. Mais, force est de constater que ce tourisme n’a pas introduit la production locale dans son , ne s’est pas servi de la culture traditionnelle, ne s’est pas développé en authenticité, n’a pas intégré toutes les ressources de l’île. Et puis ! l’explosion du tourisme dans la Caraïbe, l’évolution de la demande mondiale d’un tourisme de rencontre avec : la culture, la nature dans sa diversité, l’hébergement dans sa diversité, la demande d’intégration dans les réalités humaines des pays visités, de partages des activités de loisirs ; tout cela a fait que la Martinique littéralement s’est retrouvée à « tenter de sauver son secteur touristique ». Entre temps, le tourisme a migré des plages vers l’intérieur, tandis que le tourisme migrait vers l’intérieur à petit pas, gites, résidences de tourisme, petits équipements de loisir, activités à caractère touristique, restauration se sont développés dans son sillage.

Cependant, les équipements structurels déjà majoritairement(70%) au sud n’ont cessé de se dégrader, les promoteurs plus motivés par la spéculation liée à la défiscalisation qu’à exercice à la Martinique métier d’hôtelier, laissant derrière eux, pour aller sévir ailleurs, des hôtels obsolètes démodés.

Au train où nous allons, il faut dix à vingt ans pour redonner une vitalité suffisante au tourisme, vitalité qui passe par une agriculture, une pêche, un élevage nourrissant le touriste, vitalité qui passe par un désenclavement aérien, pas seulement l’ouverture du hub Roissy, mais aussi de la Caraïbe, des Amériques, qui passe par une organisation fiscale, le règlement du problème des visas par rapport à la Martinique et l’ouverture de la Martinique aux investisseurs, y compris aux investisseurs martiniquais qui, aujourd’hui investissent ailleurs qu’à la Martinique ou investissent pour une grande part que dans l’import-export avec un déséquilibre énorme entre les deux termes, l’import supplantant de loin l’export.

Alors les solutions ?

D’abord le contexte, comment peut-on penser que dans ce contexte de la mondialisation, notre île de 1080 km², 400.0000 habitants, peut être traitée hors toute mesure d’exception, simplement par du droit commun ?

L’Europe nous a reconnu des handicaps structurels (et la France) encore faut-il voir par rapport à qui, à quoi !

C’est vrai que les lois de la décentralisation article 73, nous ont donné des compétences, mais l’usage montre qu’il faut par des aménagements, les rendre fonctionnelles et leur donner leur plein sens.

Aujourd’hui nous sommes sous la croupe et le bon vouloir d’une tutelle tatillonne faite de commissions de toutes sortes autant d’Etat dans l’Etat qui semble n’être là que pour empêcher l’aboutissement des projets. L’administration ne peut supplanter les lois et pourtant, c’est cela qui se passe ici en Martinique.

La loi nous autorise à faire, l’administration bloque, c’est irrecevable. Le peuple doit le savoir et comprendre que dans ces conditions ses élus ne peuvent que s’épuiser à guerroyer contre ceux qui devaient les aider. Cet état de fait doit évoluer, aujourd’hui cela semble évoluer dans le mauvais sens quand l’Etat regroupe ses services DIREN et Equipement par exemple, ce sont des super chefferies qu’il crée sur notre dos, des barrières insurmontables à toutes initiatives locales.

Quand DAF-ONF et autres services sont regroupés, c’est encore un renforcement unilatéral des fonctionnaires d’Etat, par rapport aux décideurs locaux, à vos élus.

Quand M.SARKOSY dit que plus de compétences aux élus locaux doit correspondre à plus de pouvoir au Préfet. Nous sommes dans un cercle vicieux pour une once de compétence ajoutée à l’Elu, l’arsenal du Préfet pourra être renforcé dans des proportions faisant la part belle au fait du prince, et là encore, cercle vicieux.

Sans être grand grec, je me contenterai de voir avec les yeux du bon sens. Ce bon sens auquel Césaire a fait appel, quand en 1978 il a parlé au peuple dans son discours des « Trois voies et cinq libertés ».

Le bon sens voudrait :

Qu’à 8000 km de la France et placée dans la Caraïbe un bassin de vie de 35 millions d’habitants, nous puissions :

* librement commercer, coopérer, échanger dans tout le champ de ce qui ne remet pas en cause la souveraineté française, ceci en raison même de notre insularité source d’enclavement naturel.
* librement décider, et mettre en exécution une agricole, nous assurant notre subsistance et le développement d’un tourisme de qualité, de même que nous puissions sans contrainte conjuguée de la France et de l’Europe, développer la pêche, l’élevage.
* librement décider et mettre en place une protection de notre production seule manière de la faire échapper à une concurrence qu’en aucun cas nous ne pouvons soutenir.
* dans le respect de notre culture nous puissions avoir un droit de regard sur ce qui est enseigné à nos enfants. Enfin, que nous soyons consultés sur les décisions mettant en jeux nos intérêts de toute nature.

Et que pour cela, les outils législatifs fiscaux soient mis en place par en concertation avec l’Etat et surtout que la libre circulation dans la Caraïbe soit une réalité.

Cela n’implique aucune violation du droit, sinon que de défendre une situation dérogatoire aux règles de l’Union Européenne, situation qui est déjà en grande partie celle des Régions Ultra Périphériques, espagnoles et portugaises.

Se trouvera-t-il un gouvernement français pour admettre ces évidences et libérer l’initiative martiniquaise ?

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