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Interview: Regards d'une responsable politique martiniquaise sur les problématiques de l'environnement, de l'eau et du développement durable


Christiane GAGNON : Depuis plus de 30 ans, vous êtes une élue politiquement engagée dans l'amélioration des conditions de vie à la Martinique, qu'il s'agisse d'éducation, de culture, de la place des femmes dans les milieux de décision, d'aménagement du territoire, de tourisme (présidente du Comité martiniquais du tourisme) et d'environnement (présidente du comité de bassin de la Martinique). Au regard des bouleversements qui ont affecté notre compréhension de l'environnement, quels sont ceux que vous trouvez significatifs pour la Région et le Département d'outre-mer qu'est la Martinique, dans le sens de la prise en compte de l'environnement au niveau des processus de décision ?

Madeleine JOUYE de GRANDMAISON : Ce que je trouve important, et qui a marqué un tournant, c'est la prise de conscience de la population, c'est la réactivité des associations de protection de l'environnement, c'est une manière de mobilisation générale, y compris des politiques, pour que notre île, particulièrement fragile comme écosystème, soit préservée et garde un certain cachet, une authenticité. Ceci concerne le patrimoine maritime aussi bien que côtier. Nous sommes une île avec une mangrove, une forêt inondée extrêmement intéressante comme pépinière de vie, nous avons un littoral attractif (tout en sachant que le tourisme, que je défends par ailleurs, conduit à être vigilant parce qu'il peut être ravageur sur une île). Et puis il y a également notre caractère d'île agricole qui, avec la modernisation de l'agriculture, est extrêmement menacée dans la qualité de ses eaux comme dans celle de ses paysages. Donc cela nous a beaucoup inquiété. Mais, à l'heure actuelle, il y a un mouvement, une mobilisation qui font que j'ai bon espoir de voir les choses se stabiliser dans le bon sens.

CG : Historiquement, depuis 30 ans, y-a-t-il eu des événements particuliers en Martinique qui ont facilité cette prise de conscience environnementale ?

MJG : L'urbanisation et le « bétonnage » ont connu un grand développement. L'économie s'est transformée. Nous sommes passés d'une économie de plantation à une économie de service et de consommation. Nous avons accédé à une économie postindustrielle, mais dans le mauvais sens du terme, parce qu'en réalité nos industries (sucrière) ont largement périclité. Et nous sommes arrivés à un moment où précisément l'habitat rural connaît des difficultés. L'habitat urbain, l'urbanisation gagnent le cœur des campagnes. Par conséquent, il faut préserver à la fois les paysages, l'eau, et tout ce qui fait la signification d'un pays.
Et puis, évidemment, nous sommes devant une société de consommation effrénée qui n'a pas de contrepoids en terme de production, ce qui a un effet extrêmement préjudiciable quand à la pollution, pollution dans tous les sens : du point de vue agricole par l'usage des pesticides et autres, pollution par le papier, le plastique, etc. La production de déchets s'est considérablement aggravée, alors que l'assainissement n'a pas suivi. Nous avons des fosses septiques qui ne sont pas traitées, nous avons un assainissement collectif qui est en mauvais état. Nous avons une industrie agroalimentaire (qui constitue la principale industrie) extrêmement polluante . Il s'agit de menaces graves pour l'environnement, qui en est malgré tout très lourdement handicapé ou à tout le moins affecté par toutes ces pollutions. Ces facteurs ont mis en évidence la gravité de la crise environnementale, qui a un impact sur la qualité de vie.

CG : Concernant l'évolution de la problématique environnementale en Martinique, à l'époque de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement, à Stockholm en 1972, à l'époque des débuts de la prise de conscience écologiste internationale, vous étiez élue au Conseil municipal d'Ajoupa Bouillon. Quelles étaient alors les perceptions des insulaires par rapport à l'environnement ? Trente-cinq ans plus tard, qu'est-ce qui a changé dans les comportements et dans la façon de penser les rapports à l'environnement et à la nature ?

MJG : Le travail sur l'environnement et de conscientisation est une démarche de longue haleine. Il y a 30 ans, quand je suis arrivée à la municipalité d'Ajoupa-Bouillon (annexe 1), où j'ai vécu enfant, il a fallu mettre la commune à l'heure de l'environnement. J'étais déjà porteuse d'ambitions environnementales, parce que ma formation en sciences naturelles m'y avait prédestinée. Mais aussi parce que c'est une commune rurale très belle à l'état brut, qui avait besoin d'être aménagée. Aujourd'hui, c'est l'une des seules communes de la Martinique qui a le label « Village fleuri ». Et là, en 1974, j'ai mis sur pied une politique de fleurissement, de plantation d'arbres, d'aménagement de la place publique, politique encore d'actualité. Il ne faut pas croire que cela été facile. Car, les gens qui vivent en pleine nature trouvent la nature belle par elle-même. Et donc, à Ajoupa-Bouillon (annexe 1), il a fallu un petit groupe de personnes convaincues pour imposer, en quelque sorte, ces plantations de fleurs et d'arbustes le long des routes, etc. Dans un premier temps, la population arrachait parfois ces plantes. Par la suite, elle les a arrachées pour les planter chez elle. Et, dans un troisième temps, la population s'est réjouie de voir sa commune fleurie, primée dès 1975. On a reçu, en prime, de beaux arbres à fleurs, qui sont des tulipiers du Gabon. On a reçu des compliments venant de toute part. À partir de ce moment là, c'était gagné : la population communale était fière de sa commune. Chacun a commencé à embellir son « chez soi » et nous avons progressé dans cette démarche. Aujourd'hui, c'est une commune rurale qui a mis en valeur de très beaux sites naturels, comme une chute en rivière, comme les gorges de la falaise, une vallée encaissée. Puis, nous avons créé les « Ombrages », un site botanique et floral qui a mobilisé la population. Celle-ci a participé à l'installation de ce site, à la fois jardin et forêt, et qui depuis est devenu un centre d'éducation à l'environnement, ainsi qu'un centre d'insertion sociale. Donc cette commune constitue une commune-type, une commune-test. C'est dire que la bataille pour l'environnement demande opiniâtreté, patience, persévérance. Aujourd'hui, la Martinique a évolué dans ce sens, car d'autres communes ont suivi cette voie. Les associations concernées sont même devenues extrêmement virulentes.
S'agissant plus particulièrement de la gestion de la ressource en eau, nous avons franchi depuis 1992 une autre étape : la Martinique s'est vu appliquer la Loi sur l'eau avec la mise en place d'un Comité de bassin . L'eau est devenue l'enjeu des batailles environnementales, parce que l'eau, à tout moment, peut-être contaminée par des pesticides, ce qui a parfois été effectivement le cas. L'eau est aujourd'hui au cœur de la problématique et du questionnement des Martiniquais, avec le souci de faire accréditer l'idée du pollueur/ payeur.

CG : Qu'est-ce qui a changé dans les comportements individuels et collectifs vis-à-vis de l'environnement ?

MJG : Les gens font attention à tout. En outre, les choses vont aller de mieux en mieux, car les gens avaient un regard sur l'eau un peu laxiste : comme nous ne manquons pas d'eau, personne n'a imaginé que l'eau pouvait manquer, ni qu'elle pouvait être contaminée, et ce malgré les disparités saisonnières. Nous avons beaucoup d'eau en « hivernage », c'est-à-dire durant la période juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre. Quand avril, mai, juin, juillet arrivent, c'est à l'inverse le carême, la saison sèche. Nous avons moins d'eau.
Plus encore que cette discordance dans le temps, nous connaissons également une discordance géographique : le nord de l'Île est très riche en eau, c'est le « château d'eau », et le sud en a beaucoup moins . Par conséquent, là aussi il y a une régulation à opérer et une éducation à faire quant à l'économie d'eau, afin que chacun y trouve son compte. Il faut dire que la population est devenue beaucoup plus aisée. Elle est à la fois plus formée, et nous savons qu'à chaque fois qu'il y a amélioration de la qualité de vie, le gaspillage s'accroît. Paradoxalement, l'élévation du niveau de vie ne concorde pas toujours avec l'éveil des consciences et l'amélioration de l'économie.
Donc, là aussi, il ne faut pas baisser les armes devant une amélioration du niveau de vie qui peut laisser croire que la conscience s'atténue en même temps. La société de consommation nous a fait reculer à bien des points de vue, et, comme chaque fois que les gens sont rassasiés, la conscience est endormie. Ce n'est pas par hasard que les certains initiés Indiens mangent peu : ils restent toujours éveillés dans un monde extralucide.

CG : Depuis les travaux de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement (CMED) des Nations-Unies, au milieu des années 80, qui a vu naître le concept de développement durable, la dimension de l'environnement biophysique s'est d'abord affirmée et, ensuite, peu à peu les dimensions sociale et territoriale. En 2006, à l'heure de l'application du développement durable viable (DDV) à l'échelle du territoire, dont les Agendas 21 locaux sont une des manifestations, à l'heure où le Conseil Général de la Martinique met en oeuvre une consultation en vue de la réalisation de son Agenda 21, diriez-vous que l'application territoriale des principes du DD est la solution aux problèmes récurrents de développement de la Martinique?

MG : Je crois qu'il faut prendre conscience de l'exigence de conservation de l'environnement, qui constitue un des éléments de base, une des sources du développement. Si l'environnement est en quelque sorte notre principale rente, il faut qu'on la préserve dans la perspective du DD. Mais, il ne faut pas que le DD soit simplement un mot galvaudé, il faut qu'il soit véritablement mis en œuvre, dans des conditions et à partir d'une gestion des ressources adéquate et intégrée.

CG : Selon vous, quelles sont les conditions de mise en œuvre du développement durable ?

MJG : Les conditions du développement durable ? Il est certain que celui qui a faim, celui qui a soif et celui qui n'a pas de quoi dormir, qui n'a pas un lieu pour être à son aise, est indifférent et peu accessible au discours sur le développement durable, à l'interdiction de couper le bois, à la nécessité de conservation du parc naturel régional, à l'empêchement de la pêche aux écrevisses. Si vous lui dites à l'inverse qu'il faut accéder à un tourisme durable en exploitant nos richesses et en lui montrant ce qu'il peut exploiter de ses propres richesses, et profiter des retombées du tourisme, là il peut comprendre. Mais, s'il n'est pas concerné matériellement par celles-ci, ça ne l'intéressera pas, et il ne sera pas un élément actif du développement durable. Je crois à l'idée de développement durable et celle de la préservation des ressources sont des concepts qui ne tiennent, vis-à-vis de l'individu, que dans la mesure où ses besoins fondamentaux sont un tant soit peu satisfaits et qu'il participe aux bénéfices du développement. S'il ce n'est pas le cas, rien ne peut être fait.

CG : Est-ce une question d'éthique sociale ?

MJG : Oui, c'est bien une question d'éthique social, et notamment de partage des bénéfices. Mais c'est surtout une question de respect des uns et des autres.

CG : Et qu'en est-il du développement durable et viable pour les autres industries en Martinique?

MJG : Le développement durable et viable, pour les autres industries, n'est pas organisé en Martinique parce que les industries agro-alimentaires continuent à polluer. Elles ne sont pas aux normes. Par conséquent, de quel développement durable peut-il s'agir ? La banane est gorgée de pesticides, par le sol, et donc pollue même celui-ci. Ce n'est pas du développement durable. De plus, ce sont des cultures qui sont subventionnées, qui sont soutenues, qui sont entretenues. Ce n'est pas du développement durable non plus. Quand vous avez des cultures qui périclitent dès que l'on retire les subventions ou que les conditions mondiales changent, ce n'est pas du développement durable. Du jour au lendemain vous êtes à la merci des marchés extérieurs, vous êtes tributaire des goûts du consommateur. Un pays qui veut faire du développement durable doit faire face aux aléas du commerce ; mais, surtout, doit, au moins pour des produits de base, nourrir sa population sans que celle-ci soit « esclavagisée » vis-à-vis de la consommation extérieure. Alors que nous sommes une île au très fort potentiel organique, avec une fertilité immense, nous ne produisons pas assez de primeurs et de légumes pour répondre à la demande locale. Nous n'avons pas assez de porcs pour faire notre « Noël ». Nous n'avons pas assez de poulets et de vaches pour satisfaire nos besoins. Nous n'avons pas besoin d'arriver jusqu'à l'auto-subsistance. Mais, si nous ne voulons pas être dépendants à 75 % à 80 % de l'extérieur et être la merci de tous les aléas, nous devons augmenter la production locale.

CG : Et pour ce qui est plus généralement des défis et des enjeux du développement durable en Martinique ?

MJG : C'est le défi de la conservation de l'environnement. C'est le défi plus large de la conservation de nos écosystèmes forestiers et marins. C'est le défi de l'amélioration du niveau social, le défi de la conscientisation et de la culture, comme fondement en quelque sorte de notre tourisme, pour préserver notre âme et notre culture, et nous préserver nous-mêmes afin de rencontrer l'autre d'égal à égal. Le social, l'environnement, le culturel constituent les trois piliers du développement durable.

CG : Et maintenant que le territoire est considéré comme un quatrième pilier du développement durable...

MJG : Dans une île comme la Martinique, je crois que le territoire est déjà impliqué. Sur un territoire de 1 000 km2, nous n'avons pas de communautés isolées. Il est certain que si toutes ses parties ne sont pas soumises au développement durable, nous ne pouvons pas avoir de développement durable globalisé. Cela va de soi. Nous ne pouvons pas établir un plan de développement à Sainte-Anne uniquement , comme le propose le maire, alors qu'à Morne Rouge, Ajoupa-Bouillon ou Marigot (annexe 1) il y a du désordre, du gaspillage, du non-respect de l'environnement. L'idée de développement durable sur le territoire est une idée qui doit progresser. Nous ne pouvons pas non plus d'un seul coup de baguette magique faire du développement durable sur un territoire. Ce sont des choses qui se font lentement, pas à pas, par un effet de « contamination », si on peut dire, d'adhésion en adhésion. Ceci ne peut pas se produire brusquement : il n' y a pas quelqu'un qui décrète que le développement durable commence aujourd'hui. Il existe des militants du développement durable, qui vont être des promoteurs et faire du prosélytisme et persuader les gens de franchir le pas. Maintenant, si nous avons des dirigeants intéressés, ils peuvent générer des incitations à mettre en œuvre des actes significatifs de développement durable.
Il y a quatre ans, le Conseil Régional a organisé les assises du développement durable. Nous avons fait tout ce qu'il fallait, des recommandations express pour l'eau, pour la forêt, etc. Mais le Conseil Régional n'a pas qualité d'opérateur au point de gérer le développement durable sur le territoire martiniquais ; il n'est en mesure que de conditionner sa propre intervention à des normes de développement durable, au travers des projets qui lui sont soumis. Le mieux qu'on puisse faire, c'est d'examiner les projets soumis et de voir s'ils répondent aux normes du développement durable. Dans certains domaines, ils sont très en avancés : les éoliennes, la géothermie (recherche), les panneaux solaires, les eaux souterraines.

CG : Disposez-vous d'une grille d'analyse d'acceptation et de suivi des projets en fonction des principes/enjeux/objectifs de développement durable appliqués à la Martinique ?

MJG : Non, mais je vais en suggérer l'idée. J'en aurais eu besoin la semaine dernière, car nous avions précisément à attribuer des subventions pour réaliser une résidence hôtelière au pied de la Montagne Pelée (volcan). J'ai attiré l'attention du conseil, car maintenant que nous parlons de développement durable et que nous rénovons nos hôtels, il faudra veiller à ce que toutes les constructions nouvelles répondent à des critères spécifiques : ce n'est pas la peine de faire des chambres trop petites, etc. Le Conseil Régional ne dispose pas, de façon systématique, de gens spécifiquement formés au développement durable, et n'a pas pris l'habitude de recruter des spécialistes dans ce domaine. Le comportement des agents, dès lors qu'il ne s'agit pas de militants de l'environnement, ne procède pas instinctivement d'une telle perception. Bien que j'aie attiré l'attention des membres du Conseil Régional, sur ce point, à l'endroit des décisions de financement, ma position minoritaire en son sein ne m'a pas permis de pouvoir changer les choses.

CG : Et des critères selon les économies d'énergie, l'usage de l'eau, la création locale d'emplois, etc. ?

MJG : Oui, de toute façon, le Conseil Régional va prendre en compte un certain nombre de critères. Mais ils n'ont pas été systématisés dans une grille de développement durable. Comme le Conseil Régional subventionne les emplois, il envisage la possibilité d'en créer avant d'accorder une subvention.

CG : En tant que présidente du Comité de bassin de la Martinique, vous avez piloté, de 1998 à 2002, l'élaboration Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) , afin de guider les actions à venir au cours des quinze prochaines années, pour le milieu aquatique, pour les littoraux et l'eau potable. Quelles sont les priorités à traduire en actions concrètes, à partir de ce qui a été identifié dans ce document de prospective ?

MJG : La Martinique ne manque pas d'eau. Mais il convient de réguler l'eau du point de vue de la quantité, dans l'espace comme dans le temps. Il faut sécuriser les conduites et il faut créer des réservoirs car nous n'avons pas de réserve d'eau pour plus de trois jours. Nous sommes en zone sismique, en zone volcanique, en zone cyclonique ; si nous connaissons un très gros désastre lié aux catastrophes naturelles, nous n'avons plus d'eau au bout de trois jours. Ce n'est pas normal.
Il faut aussi préserver la ressource d'eau potable, en mettant en place des périmètres de protection autour des captations, d'une part, mais aussi, en préservant l'eau des pratiques agricoles et des pesticides ainsi qu'en créant des zones tampons, entre les cultures et les cours d'eau. Il faut protéger la ressource contre les pesticides qui sont utilisés, en Martinique, en quantités considérables. Et il y a encore plus grave, puisqu'on a continué jusqu'a récemment à y utiliser un pesticide, pourtant interdit depuis longtemps le chlordécone , qui est à rémanence inconnue : on ne sait pas combien il faut de temps avant qu'il se résorbe dans l'environnement. Donc il faudrait préserver la ressource eau potable et sa captation, réduire les niveaux de pollutions. Il faut opérer une régulation dans le temps, et stocker davantage d'eau.
Nous avons également à faire l'éducation de la population, afin de générer une culture de l'eau, éducation et sensibilisation de façon à que les gens comprennent que l'eau est une ressource limitée malgré les apparences. Nous avons aussi un certain nombre d'équipements à mettre en place ; et, surtout, un traitement des baies et des rivières à entamer, de même qu'un recensement des zones humides et leurs modes de préservation.
Et puis, il y a évidemment tout ce qui est lié à l'eau, à la santé, vaste programme. Nous avons surtout à effectuer une répartition entre eau potable et eau d'irrigation : un partage assez drastique pour pouvoir orienter les meilleures eaux, potables, vers la boisson, et les eaux déjà brutees vers l'irrigation agricole, en évitant cependant de propager des contaminations.
Mais nous sommes à l'aube de la modernité en matière de traitement de l'eau : à la Martinique, nous ne réutilisons pas les eaux, nous sommes confrontés à une abondance d'assainissement des eaux usées mal traitées. Cela veut dire que, sur cette île, tout est lié. Nous ne pouvons pas parler d'eau sans parler de traitement des ordures, nous ne pouvons pas parler d'eau sans parler d'assainissement. Il se manifeste donc une exigence de cohérence de tout ce qui est à la fois lutte contre la pollution, traitement des ordures et traitement de l'assainissement. Nous avons un retard de quarante ans, car la loi sur l'eau a été appliquée aux départements outre-mer (DOM) que bien après la France métropolitaine, le domaine de l'eau y a été laissé en friche par l'État depuis 40 ans. Et la France a été contrainte par l'Europe à se mettre aux normes, notamment à la Martinique, ce qui ne se fait pas sans douleur. Car la population n'est pas habituée à considérer que l'eau n'est pas un bien inépuisable tombé du ciel. Les gens savent maintenant qu'ils ne peuvent pas laver leur voiture n'importe où. Par exemple, le maire de Trinité (annexe 1) a mis en place des panneaux interdisant de laver les voitures aux diverses sources ; d'autres maires ont interdit de laver les voitures au gué des rivières.

CG : La gestion de l'eau potable implique une multiplicité d'acteurs : les communes ont une responsabilité juridique et budgétaire, et les dépenses doivent équilibrer les recettes en matière de traitement et de distribution de l'eau . Mais il y a aussi des entreprises privées qui gèrent le réseau de distribution de l'eau potable dans certaines communes.

MJG : Oui. Parce que les communes peuvent à la fois exploiter leurs eaux elles-mêmes, en régie interne, ou encore elles peuvent confier cette gestion à des sociétés d'affermage. À ce moment là, le fermier, société privée, est sensé entretenir le réseau, distribuer l'eau selon des coûts qui varient d'une commune à l'autre.

CG : Pour assurer une gestion efficace de l'eau potable, faudrait-il avoir une seule et même structure qui, par exemple, pourrait être sous l'autorité du Comité de bassin ?

MJG : Non. Le Comité de bassin n'a pas cette fonction-là. Le Comité de bassin n'est pas un opérateur. Il a un « exécutif » qui est l'Office Départemental de l'Eau (ODE), qui dépend du Conseil Général. Il ne faudrait pas se retrouver en situation de monopole, car, lorsqu'il y a une situation de monopole, tous les abus sont possibles. Donc il faut une situation concurrentielle. Simplement, il faut que le maire soit suffisamment intéressé, habile, pour que le contrat d'affer-mage respecte les droits des consommateurs et le bien commun. L' affermage ne coûte pas moins cher, ça coûte plus cher aux communes. Au cours des dernières années, on a vu que ces sociétés privées abusaient de leur position. La difficulté tient à ce que les maires des petites communes n'ont pas assez de moyens techniques pour prendre en charge l'entretien et la distribution de l'eau. Et souvent les maires n'ont pas la capacité de contrôler techniquement les fermiers, ce qui peut être très délicat.

CG : La gestion de l'eau sur une île est-elle très complexe ?

R : C'est peut-être complexe, mais surtout il faut du temps. On est resté 200 ans sans gestion de l'eau. Ce n'est pas en trois ans (de 2002 à 2005) que l'on va arriver à faire de la gestion intégrée. Il faut être réaliste. Il faut déjà que les gens s'approprient le concept de gestion intégrée, que toutes administrations se mettent à bien comprendre qu'elles ne peuvent pas faire n'importe quoi. Petit à petit, on va arriver à une situation de prise en compte de l'eau comme élément du développement durable.

CG : Auparavant, la pression des hommes et de leurs activités n'étaient pas aussi forte sur la ressource ?

MJG : Il y a pas si longtemps, il n'y avait pas de l'eau au robinet. Il n'y avait pas vraiment d'eau potable. Il y a 40 ans les gens se faisaient tuer pour un seau d'eau rempli dans une marre. Depuis lors, l'eau potable est accessible au robinet. On a des normes très strictes. Il n'y a pas un robinet martiniquais où coule de l'eau autre que potable. La Martinique se paie même le luxe d'arroser ses bananes avec de l'eau potable ou presque. Et de nettoyer les voiture et autres avec de l'eau potable! A l'heure actuelle, avec toute l'urbanisation, il y a une demande accrue ; mais il y a aussi une mise à disposition de l'eau qui est considérable par rapport à il y a 50 ans, il en résulte une banalisation de la valeur de l'eau qui s'avère préjudiciable à la ressource. Quand les gens courraient chercher de l'eau au fin fond des bois et des savanes, ils savaient que l'eau avait un prix. Quand ils ouvrent maintenant le robinet et font la vaisselle à l'eau courante, il n'imagine pas qu'on puisse utiliser, comme dans le temps, deux bacs : un pour laver et l'autre pour rincer.

CG : Le prix de l'eau n'est-il pas dissuasif pour éviter le gaspillage ou changer des comportements ?

MJG : La Martinique a un haut niveau « artificiel » de vie. Le prix n'est pas dissuasif pour une bonne tranche de la population . Certes, il y a des pauvres qui sollicitent l'aide financière du Conseil Régional. Par exemple, nous avons souvent des familles qui font l'objet d'une enquête parce qu'elles demandent un soutien pour payer l'eau et l'électricité, et un certain nombre de choses. Il y a donc quand même des familles qui connaissent des difficultés vis-à-vis du prix de l'eau, comme de l'électricité.
Mais c'est un peu le "quota social de l'eau" qu'on devrait considérer dans la gestion de l'eau. Parce que nous sommes un pays de chômeurs : nous avons 30 000 chômeurs. Je ne vois pas pourquoi il faudrait de l'argent pour payer l'eau ou pour louer l'eau. On ne va pas faire de concessions aux 30 000 chômeurs, mais il a certainement des familles, des conditions familiales qui nécessitent qu'il y ait un tel quota social d'eau.

CG : 40 % des résidences martiniquais ne sont pas raccordées à un système d'assainissement . Les périmètres de captation doivent être revus; il y a obsolescence des réseaux d'eau, une sur-utilisation des pesticides, et la qualité des eaux des baies de Fort-de-France et du Galion connaît un problème de pollution industrielle. A qui devrait être imputable par rapport la cause de ces problèmes ? Qui devrait être tenu pour responsable ?

MJG : Tout le monde. En grande partie les agriculteurs, car nous avons une île qui est très cultivée. Il ne faut pas oublier que nous avons une agriculture extensive, polluante avec la banane. Et nous avons des terrains en pente, nous avons des cours d'eau bref, très courts, tout descend très vite vers la mer. Nous n'avons pas des cours d'eau de plus de 35 kilomètres, de la source à la mer. Ce sont des torrents et le relief est très pentu. Il y a là un phénomène d'écoulement des eaux extrêmement rapide, entraînant un lessivage important. À côté de la pollution chimique, nous avons la pollution terrigène. La sédimentation c'est une pollution, car elle va tuer les coraux, elle va envaser les baies. Ce ne sont pas des phénomènes uniquement naturels : ils sont amplifiés par le relief, par les modes de culture. Mais avec un terrain recouvert de bois, la pollution terrigène est faible.
Ensuite, il y a les ordures qui polluent également les baies : les plastiques et tous les déchets et détritus qui arrivent dans les eaux et dans les baies, bien que nous disposions depuis peu d'un incinérateur aux normes européennes.
Ceux qui devraient être tenus pour responsables, ce sont les cultivateurs, les industriels. Tous les usagers de l'eau sont responsables de la pollution et ils doivent payer. Les gens, les utilisateurs domestiques paient eux pour l'assainissement, les agriculteurs paient pour précisément la pollution pour les pesticides, etc., les industriels devraient également payer. Mais depuis 40 ans cela n'a pas été le cas. Donc, aujourd'hui, une première redevance a été instaurée, sur le prélèvement d'eau. Elle vient d'être adoptée. Un arrêté ministériel impose le paiement tant pour les prélèvements d'eau en rivière, que pour les prélèvements d'eau pour produire de l'eau potable : toute personne qui prélève de l'eau doit disposer d'une autorisation à cet effet et en acquitter le paiement. Suivront les décrets relatifs aux pollutions diffuses, ainsi que ceux qui concerneront les agriculteurs, déterminant les redevances relatives à toutes les formes de pollution. Ces dispositions vont être progressivement appliquées à la Martinique.
Les élus ne sont toutefois pas très enclins à faire payer l'eau, dès lors qu'ils sont sous l'influence des entreprises fermières, qui font pression auprès d'eux, dans le cadre des communautés de communes, pour échapper à ce paiement. Ceci est d'autant plus paradoxal que leurs sociétés mères (telle la « Lyonnaise des Eaux ») acquittent, depuis plus de quarante ans, en métropole, de telles redevances, qui sont gérées par les Agences de l'eau. Les opérateurs locaux ne sauraient dès lors prétendre l'ignorer lorsqu'ils exercent des pressions en sens inverse sur les maires.

CG : Et la collecte sélective des déchets, est-ce une solution pour la gestion intégrée de l'eau ?

R : Il y a deux ans que la collecte sélective est mise en place, mais l'usine de traitement fragmentaire des ordures n'a pas commencé à fonctionner, car elle est encore en construction. Les communautés de communes instaurent petit à petit les collectes sélectives. Nous avons trois communautés des communes : la Communauté d'Agglomération du Centre de la Martinique (CACEM), la Communauté du Nord, la Communauté du Sud. Elles font de la collecte sélective, et il y existe une usine pour faire du compostage, et pour faire de la récupération. Le reste va à l'incinérateur.

CG : Et quel est le rôle des Agences de l'eau ?

MG : L'Office Départemental de l'Eau (ODE) est l'équivalent local d'une Agence de l'eau en métropole. Un Comité de Bassin sans ODE ce n'est rien. L'ODE a une personnalité juridique, morale, et est un organe exécutif . Le Comité de bassin, lui, est un "parlement" de l'eau", mais sans aucun pouvoir d'exécution, de faire quoi que ce soit. Le préfet fait respecter le SDAGE (Schéma Directeur d'Aménagement et de Gestion des Eaux) . L'ODE, à titre d'organisme local, peut alerter, mais ce n'est pas lui qui va faire respecter le SDAGE. C'est un document de planification qui a valeur juridique opposable au tiers, c'est-à-dire que tous les plans, et notamment les documents locaux d'urbanisme, doivent être mis en conformité avec le SDAGE : le plan local d'urbanisme, le plan d'occupation du sol. Tous les plans doivent intégrer les contraintes déterminées par le SDAGE. Le Comité de bassin n'a pas pour sa part de compétences juridiques obligatoires. A l'inverse, un de ses instruments, le SDAGE revêt une portée juridique. Il y a des contraintes de débit de rivière, de quantité d'eau à laisser couler ; il existe des obligations en matière de périmètres de protection etc.
NB :L'ODE est départemental, il est un organisme local et non d'Etat


CG : Dans le cas du conflit à « Grande Rivière » concernant le prélèvement de l'eau par un agriculteur, que prévoyait le SDAGE ? Et qu'a fait l'ODE ?

MJG : L'ODE a rédigé un courrier pour alerter les décideurs. Il a participé à l'enquête publique, comme je l'ai fait moi-même, pour dire le point de vue du Comité bassin sur le projet. L'étude d'impact a été déposé en mairie et, pendant deux mois, les gens sont venus dire s'ils étaient pour ou contre. Le commissaire enquêteur donne un avis, au terme de la procédure, favorable ou défavorable à la réalisation du projet. Dans le cas de Grande Rivière, il a rendu des conclusions positives ; mais il pouvait difficilement faire autrement alors que le projet était déjà commencé.

CG : Est-ce que l'appropriation de l'eau et l'appropriation de la ressource s'effectue au dépens des générations futures ?

MJG: Certainement. Le prélèvement de Grande Rivière, c'est un cas absolument typique de ce qu'on ne devrait pas faire. D'abord, parce qu'il n'y a aucune recherche de solutions alternatives : on voit de l'eau qui coule et on en prend. Ensuite, c'est effectivement un prélèvement à des fins privées, pour l'exploitation de la banane notamment. En plus, ce projet est financé entièrement pas des fonds publics, ce qui n'est pas normal. D'habitude, un projet est soumis et le promoteur apporte une partie du financement, les autorités publiques apportent l'autre. Là ce n'a pas été le cas. Ensuite, dans ce dossier, personne ne sait qui a déterminé la quantité d'eau à prélever. Le projet n'est pas non plus conforme au SDAGE, ne s'inscrit dans aucun plan de développement global. Ensuite, il s'agit du énième prélèvement fait ou projeté dans les rivières du nord. Et, pour finir, cette rivière est la seule qui soit un peu protégée, un peu préservée de la pollution : elle descend directement de la montagne, ses eaux sont claires, et elle traverse, juste avant d'atteindre la mer, un village de 1 000 habitants. Mais le volume qui est laissé -après que l'on ait effectué le prélèvement- c'est exactement ce qui reste au bourg, à l'agglomération. Alors, quand parle de débit réservé, il s'agit du débit qui doit être préservé dans le lit de la rivière. S'il est passé de 10 % à 20%, tout ça n'est pas satisfaisant, parce que les 20%, c'est un filet d'eau pendant le carême, et ensuite ces 20% qui vont noyer un petit chenal de moins d'un mètre dans le lit de la rivière. Il peut à la limite servir à entretenir un petit niveau de vie aquatique, mais il ne peut pas « laver » la rivière qui traverse une agglomération. C'est irresponsable, au niveau même de l'embouchure. Qui plus est, les infrastructures mises en place pour pouvoir prélever l'eau sont non seulement implantées dans le lit de la rivière, mais qui plus est le sont à deux ou trois pas d'un stade municipal, d'un lieu de vie, en plein bourg. La station de pompage est en outre entourée de barbelés, ce qui défigure complètement le site. Comment peut-on me prétendre qu'on a effectué une étude d'impact et pris en compte l'environnement dans de telles conditions ? Ce n'est ni réaliste ni crédible.
Ce prélèvement se fait aussi au détriment des besoins actuels, et surtout sans une réflexion globale sur l'agriculture. Le prélèvement de Grande Rivière, avec tout le scandale qui lui est attaché, aurait dû aboutir au moins au Tribunal Administratif ; on sait maintenant que l'enquête publique n'a constitué qu'une façade. Mais le débat va rebondir. Plusieurs projets son en cours : une association syndicale autorisée, « Basse Pointe-Macouba » (annexe 1), a demandé à effectuer des prélèvements dans cinq petites rivières pour irriguer 800 hectares. L'association syndicale libre de « Vivé Assier » a l'intention de prélever de l'eau dans la rivière Capote, pour irriguer 150 hectares. Une autre association syndicale des « Planteurs de Sainte-Marie » veut prélever dans la rivière du Lorrain (annexe 1) pour irriguer 250 hectares. Donc toutes les rivières sont pompées, sans qu'il y ait de données chiffrées, ni aucune véritable planification.
Il n'y a pas de réflexion globale sur l'irrigation à la Martinique, pas de réflexion globale sur l'agriculture. Irrigation de quelles cultures, dans quelle prospective, au moment où nous traversons une crise sans précédent de production de bananes et d'ananas ? La banane martiniquaise est trop chère par rapport à la « banane dollar ». Elle est une fois de plus rejetée, comme cela a été autrefois pour le café, le cacao. Alors on prélève de l'eau pour faire de la banane, pour irriguer. Mais avec quelle qualité d'eau ? Certaines eaux sont polluées. Est-ce que l'on va arroser des terres non polluées avec de l'eau polluée ? Mais ce n'est pas tout. Ces eaux-là ne sont pas polluées par des particules qui peuvent disparaître, elles le sont par des molécules à rémanence dont la durée est inconnue, provenant du chlordécone (voir note 12). On arrose alors des terres non encore polluées avec de l'eau polluée augmentant ainsi la superficie empoisonnée.
Un autre aspect tient à la gestion globale et équilibrée de la ressource eau. L'eau sert à des usages multiples : irrigation, industrie, domesticité, loisir. Et la DAF (Direction de l'Agri-culture et de la Forêt) ne semble pas concernée par ces autres usages. Elle ne conduit pas une réflexion coordonnée avec les autres acteurs, ni de prise en compte des différents projets. Les projets de prélèvement ne sont pas mis en cohérence. Sur la rivière du Lorrain, il est question de créer une usine hydroélectrique, un prélèvement pour l'irrigation, un prélèvement pour l'aquaculture . Mais il existe déjà un prélèvement pour l'eau potable et de nombreux projets individuels. Que reste-t-il dans ces rivières ? Elles n'ont que 35 km de long ; elles n'ont pas de masse d'eau, ce sont des filets d'eau. En outre, il existe déjà ou il existera un prélèvement pour l'eau potable. Quelle est la coordination opérée entre tous ces projets, entre ces différents usages?

CG : Qui a le pouvoir d'opérer une telle coordination ?

MJG : La Chambre d'Agriculture, et la Direction de l'Agriculture. La Chambre d'Agriculture représente les agriculteurs, mais la DAF représente l'État. Le problème c'est que la DAF a compétence pour élaborer les projets, et conjointement pour les réaliser et en conduire l'ins-truction. Donc elle est à la fois juge et partie. Comme elle gagne de l'argent, elle est mal placée pour défendre la protection. Et la mobilité de ses agents est souvent importante.

CG : Les élus sont-ils en mesure d'assurer un meilleur suivi ?

MJG : Les élus commencent à bloquer. Alors comment ces projets sur une même rivière sont-ils intégrés et quelle concertation peut-on faire avec les porteurs de projets ? On justifie le prélèvement dans le rivière du Lorrain par la volonté de soulager la rivière du Galion à Trinité (annexe 1 ). Sauf que, conformément au SDAGE, un schéma d'aménagement des eaux du bassin versant du Galion est en cours. La DAF n'a pas l'air de se soucier du SAGE qui est en cours. Or un SAGE, sur un périmètre réduit, réunit l'équilibre entre tous les projets et tous les utilisateurs. Alors quand, par derrière, un utilisateur privilégié pousse pour faire autre chose, il n'y a plus de SDAGE qui tienne. Un prélèvement sur la rivière Capot pour l'irrigation, mais où ? En amont, en aval de l'usine de traitement d'eau potable, on ne sait pas... Et tout cela pendant que le Conseil Général est en train conduire une étude générale sur l'irrigation à la Martinique. Et, pendant que le Comité de bassin est en train de lancer la mise en œuvre de la Directive-cadre européenne avec un calendrier de réalisation qui inclut l'état des lieux de l'eau, des rivières et milieux aquatiques, de réviser le SDAGE, d'identifier les questions importantes sur l'eau, d'élaborer un plan de gestion intégrant les contraintes économiques et les coûts environnementaux pour le bon état écologique de l'eau. Pourquoi toute cette incohérence ?
Un autre aspect du problème est celui du stockage de l'eau : il n'y a aucune recherche de solution de stockage. S'il se produit un tremblement de terre, de plus en plus probable, nous avons de l'eau pour trois jours seulement. Toute notre eau est dans la zone sismique maximale. En outre, il n'y a pas de projet de retenue ni dans les ravines, ni dans les plaines, nulle part. Dans cette configuration de piedmont et de vallées encaissées, peut-être peut-on retenir de l'eau de pluie dans les vallées encaissées . Mais il n'y a pas de collecte de l'eau de pluie . À l'époque de la colonisation, aucune maison n'était bâtie sans système de récupération de l'eau de pluie. Et même les maisons des grands planteurs étaient construites sur des citernes. On pompe l'eau dans les rivières, sans se soucier des conséquences. Toutes les habitations du nord ont des canaux hydrauliques qui descendent de la montagne, canaux qui ont servi à irriguer toutes les habitations et toutes les usines.
Je me rappelle qu'il y a plus de cinquante ans, un Martiniquais du Gros-Morne (annexe 1) a produit de l'électricité en utilisant une roue à aubes et de l'eau ! À l'époque, jusqu'à 476 usines et petites distilleries ont fonctionné avec des moulins eaux. Ces canaux existent encore. C'est grâce à eux que les planteurs arrosaient la banane. En plus, ce sont des canaux hydrauliques qu'on peut parfaitement restaurer et faire découvrir dans le cadre du tourisme. Non seulement la reprise des canaux, expression originale du génie humain, pourrait servir les planteurs individuels et en petits groupes ; mais, en outre, ces canaux pourraient constituer un vrai réseau à classer, enrichissant le potentiel touristique du Nord, et les circuits économiques et culturels à animer autour des habitations. Alors, quand un promoteur demande 24 000 m3 d'eau par jour, alors que l'on a l'intention de n'en utiliser que 12 000 litres, que va-t-il faire du surplus ? L'eau prélevée gratuitement serait-elle revendue ?

CG : Dans un cas de conflit d'usages, quels sont les mécanismes de concertation prévus ?

MJG : Il y a un Comité de bassin qui est un lieu de conciliation, puisqu'il réunit de tous les usages. Il y a l'État qui offre, avec la DAF, un autre niveau de concertation institutionnelle. Ils disposent soit d'une mission interne, dite « interservice », la MISE, soit de la Mission interservice de l'eau , qui regroupe tous les services de l'État. En France, tous les services de l'État, dont ceux en charge de l'eau, sont gérés par un multitude de services dont la coordination est assurée en l'occurrence par la MISE.
C'est le gouvernement français, soit le Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable, qui, en tout premier lieu, a le pouvoir de bloquer un projet qui ne serait pas conforme. Mais ce sont aussi les élus en ne le payant pas. La Région a été trompée dans sa vigilance; et elle a commencé à payer pour le projet de prélèvement à Grande Rivière.

CG : Vous avez dit que, lors de l'enquête publique, le Comité de bassin avait donné son opinion...

MJG : Selon ses dires, 200 personnes s'étant prononcées pour, et 150 contre, le projet a donc été approuvé. Mais quand on organise une enquête publique sur un projet qui est déjà commencé, il est probable que l'on n'en suivra pas les conclusions. Les travaux, pour des fins de prélèvement, étaient déjà commencés dans le cas de Grande-Rivière (annexe 1). Quand on fait une étude d'impact alors que les travaux sont commencés, on en remet a priori en cause la portée. L'étude d'impact ne sert plus alors qu'à assurer la conformité formelle à la loi. L'étude d'impact réalisée a été succincte, en même temps que l'exécution des travaux. Ça ne s'est jamais vu. Ce n'est pas sur la table d'opération que l'on vérifie si le cœur va tenir !

CG : Quand le Conseil Régional a financé le projet, a-t-il demandé une étude d'impact environnemental ?

MJG : Non. Le Conseil Régional a financé l'étude de faisabilité. Et apparemment, quand le promoteur (Syndicat d'initiative) a fait l'étude d'impact, il n'est pas revenu avec les résultats, mais a néanmoins demandé à effectuer le prélèvement. L'étude d'impact est fournie à tous ceux qui sont susceptibles de payer. Il faut qu'ensemble les gens déterminent la faisabilité du projet. Dans ce cas, le Conseil Régional a saisi le Préfet en ces termes : « Compte tenu de l'émotion créée par le projet en objet, et notamment ces modalités d'instruction et d'engagement, il me paraît indispensable que la collectivité départementale soit pleinement informée de ses divers aspects et puisse convenablement être renseignée et apporter sa contribution au débat public qui ne manquera pas de s'instaurer dans l'enquête préalable que vous envisagez de diligenter prochainement. À ce titre, je vous remercie de me faire parvenir dans les meilleurs délais, copie des documents ci-après : étude de faisabilité DAF 2003, étude de passage des tranches 1, 2, 3 de travaux DAF 2003-2004, étude géologique et géotechnique relatives au passages des canalisations et des bassins 2004, études d'impact Caraïbe Environnement 2004, étude de sols relative à la station de pompage en date du 6 févier 2005, étude de dimensionnement hydraulique du projet » (toutes ces études, le Conseil Général n'en disposait toujours pas à la date du 8 avril 2005 ; or, les travaux ont commencé en 2002-2003), « étude d'intégration paysagère, disposition concernant l'alimentation en énergie électrique et évaluation de la ressource énergétique résiduelle disponible. Et bien sûr tout autre élément utile à la parfaite appréhension de toute la dimension de ce projet dans ses multiples composantes ». Ce courrier a été transmis au Comité de bassin.

CG : Par rapport à un contexte plus large, soit celui de la gestion intégrée de l'eau, quels sont les principaux obstacles ?

MJG : C'est un projet non coordonné ! Il y a une multiplicité d'usages qui ne sont pas pris en compte. Quand on prélève 80% de l'eau pour l'agriculture, qu'est-ce qu'il reste pour les autres usages, pour l'activité domestique, l'industrie ? Sans compter la vie quotidienne tout simplement. Donc il n'y a pas eu de gestion intégrée : tous les usages ne sont pas pris en compte. Et en plus, il n'y a même pas de gestion par secteur : on ne sait pas comment est prise en compte l'agriculture, par exemple. Et en plus quand on affirme que c'est pour irriguer la banane et qu'il n'y en a pas, c'est en réalité pour un autre usage. Mais ce n'est pas la même quantité d'eau qui est alors nécessaire s'il s'agit d'arroser des tomates, du millet, etc.

CG : La multiplicité des acteurs constitue-t-elle un obstacle à la gestion intégrée de l'eau ?

MJG : La multiplicité des acteurs impose une coordination . Mais le problème est surtout celui de la planification des projets, de leur intégration, de leur coordination, et également de leur pertinence (au regard de leur objet). Le suivi aussi, mais pas uniquement, car si l'on suit tous les projets et qu'ils ne sont pas tous intégrés les uns par rapport aux autres, on n'arrive à rien. Au départ, il s'agit de déterminer le pourquoi, le pour qui et le comment ? Il faut planifier, il faut établir un plan de développement agricole, un plan de développement tout court et un plan de cultures. À l'heure actuelle, sur le plan mondial, on en est à repenser la géographie des cultures en fonction de la disponibilité de l'eau. Cela veut dire que si un pays avec peu d'eau produit très bien des oranges, ce n'est pas la peine qu'un autre le fasse. Il vaut mieux qu'il achète l'orange et que lui-même, s'il produit du maïs et du blé, les vende à celui qui ne sait pas en faire. Apparemment, la quantité d'eau disponible pour chacun est déjà pratiquement divisée par 3 par rapport à 1950. Et ça sera encore plus grave en 2025 et plus loin.
On a déjà essayé de repenser la géographie mondiale des cultures. Mais ce n'est pas sur cette île qu'on pourra effectuer des transferts de ressources en eau du nord vers le sud. Et même là, où on a déjà planifié, il faut gérer. C'est vrai que l'agriculture dans le monde utilise 70 à 80 % de l'eau disponible. Mais ce n'est pas le seul problème, il tient également au mode d'irrigation. La Martinique irrigue en envoyant de l'eau « en l'air ». Et 40 % de l'eau est perdu. Il faut passer à des méthodes modernes d'irrigation : c'est là où devrait porter l'effort. Et puis, il y a l'eau de pluie. Il en tombe environ trois mètres par an dans le nord, qu'il importe de récupérer. Durant les deux mois et demi de sécheresse, il faut pourvoir aux besoins en régulant la consommation grâce au volume d'eau tombée pendant le reste de l'année.

CG : Vous avez lancé début 2006 une consultation en rapport avec la Directive européenne sur l'eau . La consultation du public c'est beaucoup d'énergie pour tous ceux qui s'investissent. Quels sont les mécanismes qui sont mis en œuvre pour s'assurer qu'on répondra de manière adéquate aux participants, à la suite de la consultation et à l'expression de leurs attentes ?

MJG : Il faut procéder en deux étapes. Là, c'est la première consultation . Il convient d'intégrer leurs attentes, puis de leur représenter le projet, dans un second temps (2008), en montrant comment on les y a intégrées. Cela constitue le SDAGE révisé. Il sera adopté fin 2008.

CG : Et s'il y a des conflits d'opinions ou d'usages ?

MJG: Il y aura un arbitrage en Comité plénière de bassin : on ne peut pas faire une chose et son contraire. Même s'il y a 400 000 personnes ou 200 000 personnes concernées directement par la réforme, cela n'est pas déterminant. Il faut trouver une approche qui permette de réviser en même temps. Le SDAGE va revenir devant le public et devant les institutions en 2008. Il demeurera un projet tant que la consultation et la révision n'auront pas eu lieu. Quand il aura satisfait aux deux consultations, il deviendra le SDAGE assorti d'un plan de gestion. Quand on a intégré les contraintes, on dispose d'un projet de SDAGE que l'on soumet, dans un deuxième temps à la consultation et qui deviendra le SAGE définitif. Et ce SAGE doit comprendre un plan de gestion qui doit également faire l'objet d'une validation. Tout devra être achevé en 2009, et l'on doit tout faire pour aboutir à une bonne qualité de l'eau et des milieux, en 2015. S'il y a des sources d'eau qui ne peuvent accéder à l'état désiré, il faudra dire pourquoi. Donc, il faudra dire ce qui empêche de répondre à cet égard aux exigences européennes, qui doivent être transcrites dans le droit de chaque pays. Donc, quand nous intégrons les contraintes de l'Europe, nous l'intégrons dans ce qui est notre SDAGE. Tous les pays, toutes les régions de France vont réviser leur SDAGE. Celui qui a été approuvé jusqu'à présent (2002) ne relève que du seul droit français.
Et c'est pour ça qu'un processus général de révision est en cours. La Directive européenne exige quatre choses : 1) la participation du public, 2) l'obligation de résultat (accéder à un bon état de l'eau et des milieux), 3) la réduction de la pollution, et 4) le juste coût de l'eau . Sur ce dernier point, l'eau être vendue au juste coût. On doit connaître le coût de l'eau, de l'investissement, de l'assainissement et tout ça doit être équitablement partagé entre tous les usagers.

CG : Est-ce qu'il y a des pénalités prévues par la Directive européenne en cas de non application?

MJG : Il y a des pénalités. Il faut expliquer pourquoi on ne satisfait pas aux objectifs de qualité. Et si nous ne prenons pas de mesure, nous sommes pénalisés constamment. La Directive européenne est une directive-cadre sur l'eau. Mais il en existe des quantités d'autres, sur la faune sauvage, etc. Tout État qui ne s'aligne pas sur la Directive est très fortement pénalisé, en se voyant infliger de très lourdes amendes assorties d'astreintes. C'est extrêmement sérieux.

CG : Au regard de l'industrie touristique, qui, comme on le sait, est une grande consommatrice d'eau, comment arrivez-vous, en tant que Comité martiniquais du tourisme et Comité de bassin, à sensibiliser les hôteliers à l'économie d'eau ?

MJG : Il s'agit d'un problème qui n'a pas encore été réellement abordé, alors que l'on s'en soucie dans la plupart des pays du monde. Comme le rapport à l'eau en Martinique est traditionnellement un rapport d'abondance, ça n'est pas encore été très bien intégré. Il faut véritablement que les hôtels imposent des prescriptions à leurs clients. L'eau est payée par chaque établissement à un tarif très élevé, de deux à trois euros par mètre cube. Ce comportement est typique du Martiniquais. Il paie son eau et, tant qu'il peut le faire, il ne se préoccupe pas de son prix.

CG : Finalement, en cette décennie internationale de l'eau, quel serait le principal défi pour la Caraïbe en matière de gestion de bassins versants ?

MJG : La Caraïbe est très intéressée par le modèle français. L'ennui, c'est que nous sommes un peu isolés, tout en étant au coeur de la Caraïbe. Nous sommes complètement isolés par notre langue, par la législation, par l'intégration à la France. Comme c'est la France qui intervient au plan international, cela représente un handicap. Au niveau caribéen, nous tentons une approche commune et durable de la gestion de l'eau. La coopération régionale est une nécessité, au même titre que la coopération mondiale.

CG : Quel est donc le principal obstacle compte tenu des différentes législations en cause ?

MJG : Nous avons des législations très différentes, mais nous pouvons coopérer sur le plan de la gestion de la ressource, de la formation professionnelle, des risques à gérer en commun, des sols à préserver, de la préservation de notre environnement, notamment par la mise sur pied d'un organe de coopération à l'échelle de la Caraïbe. Lors d'une conférence internationale, il a été reconnu que rien ne pourra être fait en dehors d'une démarche d'harmonisation. La tendance est à ce qu'une coopération s'instaure, et ce à plusieurs niveaux : coopération entre les îles, coopérations sur des problèmes spécifiques, sur des questions internationales. Il y a également une coopération entre les instances météorologiques : HYCOS projet qui tourne autour de la pluviométrie, comme indicateur. Comme il s'agit d'un problème mondial, il y a donc HYCOS méditerranéen, HYCOS Caraïbes. Par conséquent, les Caraïbes pourraient disposer d'une banque de données sur la pluviométrie et des outils de formation généralisée. Il est prévu un centre pilote qui pourrait être situé en Martinique. Dans ce contexte, le bassin caribéen, qui constitue une mer régionale telle que définie par les Nations Unies, devrait être de plus en plus géré en commun. Comme une bonne partie de l'économie repose sur le tourisme et que l'environnement constitue une sorte de "fonds commun", la gestion de la mer des Caraïbes incombe à tous.

CG : Par rapport aux autres pays de la Caraïbe, est-ce que les Antilles françaises sont plus avancées en matière de gestion intégrée de l'eau ?

MJG : Oui par certains côtés. Mais, en réalité, elles ne sont pas tellement plus avancées, car elles n'ont pas forcément la maîtrise de leur territoire. Il y a deux aspects dans l'état d'avancement d'un pays : l'état des technologies et le cadre institutionnel. L'état des technologies bénéficie de la technologie française. Quant au statut institutionnel, nous ne disposons pas de pouvoir de décision, donc il arrive souvent que l'on se heurte à des difficultés.

CG : Le Comité de bassin de la Martinique fait partie du Réseau international des organismes de bassin ?

MJG : La France a adhéré au RIOB (Réseau International des Organismes de Bassin), composé de membres permanents. Il dispose d'un secrétariat international qui est l'Office international de l'eau, dont le siège est à Paris. Le RIOB est porté par les divers gouvernements. Il constitue un lieu de mise en commun des expériences, en tant que réseau international des organismes de bassin. Mais chaque organisme de bassin est indépendant. Le réseau réunit donc les gens pour leurs capacités d'expertise, pour l'expérience, pour la planification de l'avenir au travers des projets, pour promouvoir une vision de la gestion de l'eau et de la gouvernance de l'eau par bassin versant. Mais, à partir de là, chaque pays assure ses avancées. Le RIOB ne finance personne.
A l'inverse, le RIOB met en relation des gens qui veulent établir des partenariats. Dans une réunion du RIOB, il y a des banquiers, des représentants de fonds mondiaux qui sont à la recherche de projets à financer. Ce n'est pas le RIOB qui finance. Par rapport aux autres pays de la Caraïbe, la notion de bassin versant qui est la nôtre, vu comme un mode adéquat de gestion, impressionne, de même que l'aptitude à agir en réseau. Mais il faut que soient prises des initiatives pour que s'établisse la coopération, malgré le handicap important de la langue, et que soit facilitée la constitution d'un réseau ? Nous sommes Français, et en plus nous ne parlons que français.

CG : Si l'on constate, enfin, que plus de 25 000 personnes meurent chaque jour dans le monde à cause de l'insalubrité de l'eau, dans quelle mesure pensez-vous que la stratégie de gestion intégrée de l'eau par bassin versant, appliquée dans quelque 50 pays depuis environ 10 ans, peut contribuer à modifier cette situation insoutenable ?

MJG : Elle le peut, en établissant une véritable solidarité entre les usagers dans chaque pays, ainsi qu' entre les pays. Et en institutionnalisant le droit à l'eau pour chacun, ainsi qu'à un envi-ronnement sain ; et en contribuant à faire admettre et reconnaître que l'eau n'est pas et ne peut pas être utilisée et commercialisée comme une simple marchandise.

CG: S'agissant de votre engagement social et politique, depuis 30 ans, pour de multiples causes, dont celle de l'environnement et de la femme martiniquaise, en quoi celui-ci constitue une valeur ajoutée dans l'émergence d'un développement souhaité comme plus viable, vivable et équitable, à l'échelle de la Martinique?

MJG : Je crois que j'ai contribué pour une part à faire que le martiniquais d'aujourd'hui ait pris conscience qu'il habite une Île aux dimensions finies, aux ressources naturelles fragiles, ressources dont il dépend aujourd'hui comme demain. En somme, j'ai fait évoluer les mentalités rurales dans le sens de la prise de conscience de l'identité et de la notion de terroir; j'ai fait émerger l'esprit d'initiative, popularisé une pratique intercommunale, incité les populations du Nord de l'Île à se réapproprier leurs richesses, j'ai fait passer la notion de développement local et contribué au développement de l'emploi, par la création depuis 1989, du SIAB (Syndicat d'Initiative d'Ajoupa-Bouillon), du Sentier Botanique et Floral les Ombrages et du Pays d'Accueil Touristique du Plein Nord Martinique (PATPNM). Mon engagement politique a comporté aussi bien du travail concret que de la réflexion, supportée par une vision prospective, débouchant sur des propositions à l'échelle d'une commune, mais aussi d'une sous-région, le Nord, mais aussi du PAYS Martinique en matière de tourisme, de culture, d'aménagement du territoire, d'éducation, de formation professionnelle, d'insertion sociale et d'environnement.

 


Mediagraphie

Livre

ACTES DU CONGRÈS (2006). Le droit à l'eau, Ed. IDEF, Lausanne.

BOUTRIN, Louis (2004). Au-delà des discours, Ibis Rouge Éditions, Matoury, 200 p.

GAGNON, Christiane (1994). La recomposition des territoires. Développement local viable. Harmattan, Paris, 265p.

PRIEUR, Michel (2004). Droit de l'environnement, 5è éd., Précis Dalloz, Paris, 284p.

Revue, Journal

JOUYE de GRANDMAISON, Madeleine (2006). «La consultation sur les grands enjeux de l'eau, questions à Madeleine de Grandmaison», France-Antilles, Martinique, février 2006.

RÉSEAU INTERNATIONAL DES ORGANISMES DE BASSIN (RIOB) (2005) « Réunion internationale sur la mise en œuvre , Cracovie (Pologne) 27 - 29 septembre 2004 » dans La Lettre du Réseau, no13, décembre 2004 - janvier 2005.

AUTEUR??? TITRE ? Libération, 6 janvier 2006, pp.34-35

CD-ROM

COMITÉ DE BASSIN DE LA MARTINIQUE (2002). Schéma Directeur d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE), Comité de bassin versant de la Martinique, Martinique.

ENVIRONNEMENT QUÉBEC (2002). «La politique nationale de l'eau» dans L'eau, la vie. l'avenir, Ministère de l'environnement, Québec.

MODÈLE DE SUIVI DES INCIDENCES SOCIALES, ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE ET DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL VIABLE (2006). GRIR, Université du Québec à Chicoutimi.

Ressources Internet :

Centre Québécois de développement durable : http://www.cqdd.qc.ca
Eau-pure Martinique : http://www.eaupure-martinique.com
Fiches internationales de sécurité chimique (chlordécone) : www.cdc.gov/niosh/ipcsnfrn/nfrn1432.html
Hydrological Cycle Observing Systems : http://www.wmo.int/web/homs/projects/status. html
La mission interministérielle de l'eau (La documentation française) : http://www.vie-publique.fr/documents-vp/mie.shtml
Fiche internationale de Sécurité Chimique : http://www.cdc.gov/niosh/ipcsnfrn/nfrn1432.html
Politique de l'eau au Québec : www.mddep.gouv.qc.ca/eau/politique

Sur les Agendas 21 locaux :

- Agenda 21 local de Saint-Anne : http://perso.wanadoo.fr/mac2/Agenda21.html
- Argumentaire en faveur des A21L au Québec : http://www.uqac.ca/msiaa/articlesCG/R-05
- Ville de Saint-Félicien : http://www.ville.stfelicien.qc.ca/site/pageA21.htm

- Ville de Sorel-Tracy : www.ville.sorel.qc.ca

 


Madeleine JOUYE de GRANDMAISON
Vice-Présidente du Conseil Régional (Martinique)
Présidente du CMT et du CBM

Christiane GAGNON
Professeur titulaire
Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)
Ph.D en Aménagement
Centre de Recherche sur le Développement Territorial (CRDT).